Archives mensuelles : mai 2014

Pratiquer par Amour

Décidément cette question me tient à coeur (mettre l’Amour en premier et aller jusqu’à combattre ceux qui en font un but à atteindre), faut-il y voir autre chose d’un os que je donne à ronger à un mental encore toujours affamé et destructeur? Mon égo y tient à cette question car il s’y raccroche et il y puise de quoi perdurer. Le voir. Tout va bien. Il fait beau dehors.

Ceci étant posé, pourquoi faudrait-il que je défende la thèse qu’il s’agirait de pratiquer par Amour, mieux que de dire avec Amour et encore moins pour l’Amour?  Je vois mon fonctionnement. Je cherche à défendre une image de moi, celle qui voudrait que je sois un meilleur chercheur de Vérité qu’un autre. Je vois mon arrogance et je pourrais en rester là. Pourtant, ayant ainsi cadré mon propos, je poursuis.

Un élan me pousse à dire ce que d’autres ont dit, et vécu, avant moi, à savoir que l’Amour est l’agent, la lumière du coeurs créatrice. Nous sommes Amour. On est ici loin d’une pratique à faire pour quelque chose, fut-ce de l’Amour.  Ici, la pratique est remerciement. Nous ne sommes pas des mendiants. Nous sommes pure lumière consciente. La pratique du yoga ne peut donc être que par Amour. Là serait, je peux le pressentir, le point essentiel. A un moment donné, il n’y a plus de « je » qui pratique. Et si le « je  » est encore là, merveilleux, la pratique s’actualise comme sacrifice de ce que je ne suis pas — ce « je », justement — à ce que je suis, rappelle Eric Baret. Voilà. Et ce moment survient par le fait de tomber en grâce. Rien à faire. Pas de « je » à perfectionner, ce ne serait qu’un ajournement à la joie qui est déjà là. Le moins ne peut pas atteindre le plus. Ce n’est que par l’Amour que l’on peut atteindre l’Amour. Le yoga n’est pas moyen mais célébration de la vie, remerciement et en aucun cas technique libératrice. Voilà du moins ce que je ressens ici et maintenant. Serais-je prêt à y mettre ma main à couper ? Non. Pourquoi ? Par manque de conviction. En cause: absence d’expérience directe. Se taire.

Mon silence est habité par une interrogation, la mienne, qui émerge sous forme d’agacement à chaque fois que l’on me propose de pratiquer avec amour alors que tout ce que je vois en moi, lorsque j’y applique, à mon fonctionnement, un regard qui se voudrait honnête et persistant, c’est un effort de volonté, comparaison, calcul intéressé .. en un mot manipulation. Et pour quoi? pour préserver ce que je ne suis pas, un moi comme accumulation de prétentions multiples. Prétention d’être ceci ou cela, beau, intelligent, honnête, droit, juste ..  Or, voir son arrogance, c’est être humble, rappelle Eric Baret, la démarche est ici par la négative. Ce pourrait-il en être autrement? Oui, comment? Par le regard, le discernement qui aboutit à la réalisation que « je suis déjà ce que je cherche », ce que Jean Bouchart d’Orval nomme la « pure lumière consciente ». Comment s’y prendre puisqu’il n’y a justement, rien à faire? La cause de tes difficultés ne sont pas dans les choses, c’est toi dans les choses, alors, conseille maitre Eckart, quitte-toi.  En vérité, précise le Maitre rhénan , tant que tu ne te libères pas de ton vouloir, tu auras beau fuir, tu retrouveras partout obstacles et inquiétude.

Ne rien vouloir

« Je me repose en paix complètement, seule, réduite à rien, toute à la courtoisie de la seule bonté de Dieu, sans qu’un seul vouloir me fasse bouger, quelqu’en soit la richesse. L’accomplissement de mon oeuvre, c’est de toujours ne rien vouloir. Car pour autant que je ne veux rien, je suis seule en lui, sans moi, et toute libérée; alors qu’en voulant quelque chose, je suis avec moi, et je perds ainsi ma liberté. Et si je veux rien, si j’ai tout perdu hors de mon vouloir, il ne me manque rien; libre est ma conduite, et je ne veux rien de personne ». Marguerite Porete

Le yoga comme remerciement

« Lorsqu’on constate qu’un mot, un geste, un événement nous affecte, on remercie la situation de nous faire réaliser qu’on portait en soi une restriction : c’est elle qui nous empêche de vivre, qui nous fait trouver la vie solitaire, difficile, complexe, qui nous rend triste. On tourne la tête et on perçoit l’écho de cette tristesse, de cette solitude, de cette blessure. On vit avec ce ressenti, clairement, d’instant en instant ; inévitablement, ce ressenti va nous ramener à la tranquillité. C’est ce que l’on appelle le tantrisme. » Eric Baret : Corps de Silence