Archives mensuelles : juin 2014

Le yoga comme transposition

Les logiques de production, diffusion et ancrage local / hybridation, si elles prennent place dans et par des objets de notre quotidiens, diverses et multiples dans les usages que nous en faisons, participant ainsi de ce que l’on pourrait nommer « globalisation », relève ici, lorsqu’on l’applique au yoga, un art traditionnel qui, rappelons-le, ne sert à rien et dont le moteur est ce « par » l’amour qui le distingue radicalement d’une volonté d’atteindre quoi que ce soit, d’un cas somme toute assez banal, celui d’une pratique, rappelons-le, un art traditionnel qui,  en se diffusant, s’hybride, de transforme et s’adapte à la société qui l’accueil. Ne serait-ce pas là, le mouvement même de la vie?

Si par tradition on entend transmission, la transmission dont il est ici question exige une transposition délicate que rend possible un Maître reconnu. La fixité dans la forme/formulation ne fait pas partie de la tradition vivante. Cette hybridation-là, auspicieuse, qui est la manière qui est la mienne de rencontrer la tradition, est inévitable et donc nécessaire. Or, de cela, on en est bien loin, dans cette minestrone qui compose notre environnement de vie.  Et portant, elle aussi, est inévitable et indispensable. Age sombre, les tièdes, je les vomirai, prévient Dieu, au moment de la fin des temps, nous invitant à réaliser notre véritable nature, sans borne, entier. La vie est belle.

De cette beauté-là, l’étonnement qui est le mien ici est celui d’un Occidental, moi qui vit en Suisse, à Genève, submergé que je suis par une imagerie yogique qui, à coup de marketing décomplexé, aguicheur, donne à voir des corps toujours plus beau, toujours plus jeune et toujours plus heureux.  On le voit bien, ce pathétique et pitoyable effort pour démonter et affirmer que je suis jeune, beau et en santé c’est notre fonctionnement au quotidien. Le voir, être doux avec soi-même, et le voir encore et encore. La joie est là, dans ce constat que le marketing a envahit le yoga. Ce pourrait-il en être autrement? Non. Est-ce bien? Oui, « la preuve, c’est que c’est là », voilà qui dit tout. Je l’ai entendu encore récemment à Yenne par un enseignant authentique, Eric Baret. Ceux qui, là autour de nous, nous vendent un bonheur, comme un bien qui serait à posséder si j’arrive à faire ceci ou cela et que je pourrais alors transporter d’un instant à l’autre, ce sont les miroirs de notre propre ignorance.  Car ce bonheur-là, celui qui dépendrait d’une chose à faire, est précaire puisque par trop associé à une situation donnée. Quand la situation m’est favorable, je vais bien. J’ai une femme, des enfants, une maison, une voiture, je pars en vacances, je couche avec quelques maitresses au hasard des rencontres. Je suis heureux. A y voir de plus près, cela n’est rien d’autre d’un château de carte construit sur du sable. La peur est là. Partout. Toujours. Regardons comment un mot, un geste, une parole mal placée d’un quidam ou plus sûrement d’un proche chamboule instantanément et totalement ce qui l’instant d’avant semblait pourtant être une vie heureuse. Bien sûr il ne s’agit pas de changer quoi que ce soit. Le problème ce n’est pas la situation, c’est moi dans la situation, rappelle Maitre Eckhart, cité par Jean Bouchart d’Orval. Juste le voir, honnêtement et avec persévérance, ce fonctionnement-là qui nous possède. Ne pas chercher à éradiquer ce conditionnement. Plutôt, et cela fait toute la différence, en être libre. Le conditionnement puisque tel est mon destin reste, je le vois et j’en suis libre.

Ceci dit, tous mes mots sont faux, posés en offrande à ce que je suis, pure lumière consciente. We are ONE chante le chanteur de U2. Que ce présentiment-là, auspicieux puisqu’il manifeste d’une tombée en grâce, vibre joyeusement dans nos vies.