Archives mensuelles : décembre 2014

« Je crois en la religion de l’amour ».

Pratiquer avec le coeur. Reconnaissons en Abn ‘Arabi un maitre dont les vers sont doux à mes oreilles. Je le cite:
Mon coeur est devenu capable
D’accueillir toute forme
Il est pâturage pour gazelles.
Et abbaye pour moines !
Il est un temple pour idoles
et la Kaaba pour qui en fait le tour,
Il est les Tables de la Thora
Et aussi les feuillets du Coran !
Je crois en la religion de l’amour
Où que se dirige ses caravanes
Car l’amour est ma religion et ma foi.

« Le silence du coeur ».

Pour Abn ‘Arabi, mystique et poète, que je cite ci-après  : Celui dont la langue se tait, même si son coeur ne se tait pas, allège son fardeau; celui dont la langue et le coeur se taisent tous les deux, purifie son « centre secret » (sirr) et son Seigneur s’y révèle; celui dont le coeur se tait, mais dont la bouche parle, prononce les paroles de la Sagesse; mais celui dont ni la langue ni le coeur ne se taisent est objet de Satan et soumis à sa domination.
Le silence de la langue est un des traits ordinaires de tous les hommes spirituels (al’âmma) et de tous les maîtres de la voie (arbâbu-s-sulûk). Le silence du coeur est parmi les caractères distinctifs des « rapprochés » (almuqarrabûn) qui sont des gens de contemplation. Le hâl (l’état) que le silence assure aux « progressants » (assâlikûn) est la préservation des malheurs, et celui qu’il favorise chez les « rapprochés » est l’entretien dans la familiarité seigneuriale.

« Se laisser consumer par le Feu ».

« La discipline sert de béquilles aux handicapés du cœur. C’est le Feu en nous qui finira par tout brûler l’inutile et même l’utile. Se laisser consumer par le Feu. » (Jean Bouchart d’Orval)

Le yoga de la fainéantise

« Un jour la fainéantise viendra à bout de notre bêtise ». Affirmation provocatrice. Ce pourrait bien être le fil rouge des ateliers de yoga pour lesquels je vous fais un appel du pied qui se voudrait caresse, prolongeant ainsi l’interrogation que formule Jean Bouchart d’Orval : “En avez-vous assez d’être clair, de comprendre, de savoir où vous allez dans la vie? En avez-vous ras le bol de vous améliorer tous les jours depuis vingt ans? Êtes-vous fatigué de vous prendre en main ? Finalement, avez-vous du temps et de l’argent à perdre?”

En résonance avec l’approche proposée par Eric Baret pour qui la pratique permet de « découvrir les restrictions psycho-physiologiques qui empêchent notre organisme de fonctionner harmonieusement », ce dont il sera ici question, la proposition qui guide notre pratique, c’est celle de sentir tactilement, sensuellement, le corps et ainsi “d’accorder notre instrument afin qu’il vibre en harmonie avec les courants profonds de l’existence, l’ouverture sensorielle qui en résulte s’exprimant sans limites” (Eric Baret). Cette proposition-là, joyeuse, celle de réaliser notre nature véritable, espace sans borne,  jalonne une pratique dans laquelle, toujours en citant Eric Baret, « les blocages seront approchés par des mouvements non-volitifs, des poses d’observation (asanas), elles se réorchestreront dans le cours naturel de l’énergie avec l’aide du souffle libre de toute contrainte. »

Ceci dit, mon quotient est surtout de voir à quel point mes mouvements, eux, sont au contraire volitifs, à quel point je pratique le yoga (et ma vie) de manière arriviste, petite, mesquine .. dans la peur.  Je sens la peur qui s’actualise dans mes situations de vie … mais je ne suis pas la peur. Cela je peux le pressentir. Et en même temps la vague me submerge. Juste après, je sens l’écho, tacitement, du choc. Résorption. La joie est là .. où? où? mais où? nom d’une pipe… dans le silence. Vivante, vibrante et enthousiasmante.

« Ô brave jeune homme » …

« Les cavales qui m’emportent m’ont conduit aussi loin que mon cœur pouvait le désirer, car elles m’ont mis sur la route abondante en signes de la divinité, route qui mène l’homme qui sait au bout de toutes choses »
[…]
« Et la Déesse m’accueillit avec bienveillance, prit ma main droite dans sa main et m’adressa la parole ainsi: Ô brave jeune homme (2), accompagné d’immortels cochers, toi qui, avec ces cavales qui t’emportent, arrives à notre demeure, réjouis-toi, car ce n’est certes pas un destin funeste qui t’a mis sur ce chemin (car il est éloigné de la voie des hommes), mais la Loi et la Justice. Il convient que tu sois instruit de tout, du cœur immuable de la vérité, sphère parfaite, mais aussi des opinions des mortels, où on ne trouve aucune vérité solide. Tu apprendras aussi comment l’apparence devait surgir, pénétrant tout depuis toujours. »
[…]
Ce poème initiatique, dont est ici présenté quelques extraits, a pour auteur Parménide, « l’homme qui sait ». Le texte, fragmentaire, est disponible sur le facebook de Jean Bouchart d’Orval, sous https://www.facebook.com/pages/Jean-Bouchart-dOrval/211870622171967

L’Agent unique, la lumière du Coeur.

« Seule la lumière du Cœur existe
et elle est l’agent de l’activité créatrice.
Établie en elle-même, son activité est prise
de conscience de soi et, s’ébranlant,
elle est le déploiement de l’univers ».
Mahārtha Mañjarī, (Cachemire, XIIe siècle), cité par Jean Bouchart d’Orval

Ainsi est posé l’agent unique, agent de l’activité créatrice, ce que dit aussi l’islam. Ecoutons Abd El-Kader (à la fois guerrier redoutable, le jour, et mystique absorbé en Dieu la nuit / au petit matin) qui affirme : « Sache également qu’une servitude conforme à la réalité consiste pour l’adorateur à adorer son Seigneur non par lui-même mais par Lui-même. Il lui faut donc, avant d’entamer sa prière, se mettre à l’esprit qu’il ne se rapproche de Dieu que par Dieu, qu’il n’adore Dieu que par Dieu. Il faut qu’il soit conscient du fait qu’il n’est aucun acte émanant de lui, sous le rapport d’apparences, dont Dieu ne soit le véritable Auteur, et que le serviteur n’est que le lieu de cette manifestation [divine]. Dieu — exalté soit-Il — l’affirme [dans la tradition seigneuriale bien connue] :  ”Je suis [alors] son ouï et sa vue, et c’est par Moi qu’il entend, qu’il voit et qu’il se meut”. » (Abd El-Kader, Le Livre des Haltes, p. 181)