D’abord mourir…

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Ci-dessus Kali, pour mourrir à ce que je ne suis pas et vivre pleinement, ouvertement, le monde tel qu’il est.

Le monde se casse la gueule, non?  Et moi, comme je suis petit dans mes calculs mesquins, toujours à manipuler l’autre, juste pour faire vivre encore et encore ce petit moi étriqué et toujours sur la défensive qui, bien sûr, m’éloigne de qui je suis, pure lumière consciente. Je suis toi , tu es moi. Pour le dire de manière poétique, un seul coeur bat au rythme  d’un cosmos qui le recouvre, le déploie et se déploie en lui.

Vivre le monde donc. Etre pleinement le Soi. Et la seule manière de vivre ce monde-là — le nôtre, le seul que nous ayons sous la main — est de le vivre dans la joie, puisque telle est notre véritable nature, ce qui implique aussi de mourir au monde, joyeusement et sans forcément faire des vagues… Ne plus avoir peur de perdre quoi que ce soit.  Mourir à soi puisque ce que l’on appelle communément le monde c’est aussi ce que je suis, le pur sujet. ce que je suis déborde le corps, englobe tout, disent les textes sacrés.

L’irruption de Gaïa, si souvent dramatisée, serait donc à accueillir, sans commentaire. Facile à dire, à expérimenter quand l’occasion se présente. Désire ce qui est là, ici la catastrophe d’un monde vis-à-vis duquel nous nous sommes rendus dépendant et que seul le recours à des dispositifs techniques de plus en plus sophistiqués et intrusifs continue à rendre vivable. Je songe à Peter Sloterdijk et à notre rapport au monde maintenant médié par la figure de la bulle, du globe et l’écume. Jouir du spectacle d’un monde à l’agonie — bourré de technologie, valorisant l’inutile et profanant l’essentiel — qui s’épuise en se déployant au travers de tous les possibles, le pire et le meilleure, voilà qui pourrait faire programme à celles et ceux qui, comme moi, se sont engagés un peu mal eux, faut-il le préciser, dans la voix du yoga.

Ainsi posé, l’intuition qui guide ma pratique de yoga est celle qui consiste à d’abord mourir à ce que je ne suis pas et, d’une certaine manière, aux attentes que je pourrais avoir sur le monde, pour vivre pleinement et vivre le monde —celui qui est là, devant moi, pas celui que je voudrais avoir—  sans que la peur ne m’éloigne de moi-même et des autres.

« Nous avons bu le vin sacré, nous sommes devenus immortels, nous sommes parvenus à la Lumière, nous avons découvert les dieux. Que pourrait bien maintenant nous faire l’hostilité? Que peut, immortel, le préjudice du mortel?» ṚgVeda VIII, 48, 3