Cyberpunk

Si se développe, pour Eduardo Viveiros de Castro, un imaginaire du salut de l’espèce porté par toute une littérature posthumaniste et technophile à la manière des cyberpunks, peut-être qu’il n’est si ridicule d’en faire une entrée artistique qui ouvre sur le monde de demain (qui est déjà celui d’aujourd’hui). Posons ici quelques bases pour orienter la question. Sans plus.

Dixit Wiki, que je plagie brutalement, les écrivains cyberpunk empruntent divers éléments aux romans noirs, policiers et récits post-modernistes pour exprimer un coté underground, chaotique et nihiliste d’une société entièrement informatisée voire robotisée. Cette vision trouble et tourmentée du futur est souvent à l’antipode de ce qu’elle fut dans les années 1940. Dans son livre « The Gernsback Continuum », William Gibson exprime avec sarcasme le mépris de la culture cyberpunk envers le roman utopique. Dans les œuvres cyberpunk, l’action prend le plus souvent place en ligne, dans le cyberespace, ce qui a tendance à souvent brouiller les frontières entre virtuel et réalité.

Neuromancien de William Gibson est le roman canonique du genre. L’auteur y a le génial pressentiment de ce qui va devenir le fait marquant, dans le domaine des technologies, de la décennie suivante : Internet. Il fait véritablement œuvre d’anticipation, en imaginant un futur où la technologie, au développement hypertrophique, finit par envahir irrémédiablement l’environnement humain, par le remplacer ; un univers froid où l’informatique révèle son pouvoir de contrôle, renforçant celui des autorités, où elle sacre son omniprésence en venant s’inscrire au cœur des organismes humains, au moyen de tout un arsenal de gadgets électroniques.

Possibilité commune d’une histoire réécrite comme dans Bade Runner ou de l’ensemble du monde sensible qui est faux comme dans Matrix. Dans Jusqu’au bout du monde de Wenders les personnages deviennent accrocs à l’usage d’une machine enregistrant leur propre rêve.

Il nait un nouveau type de personnage, l’homme de la rue, solitaire et marginal, contraint de s’adapter à une évolution technologique rapide et incessante, et de s’en sortir le moins mal possible. Ce personnage sans racines, surdoué de l’électronique mais pas des relations humaines, travaille parfois pour de grandes sociétés, mais le plus souvent pour son compte ; spécialiste de l’infiltration de banques de données, de la création de virus informatiques, et de la prise de drogues suspectes, c’est un « mauvais garçon » sous tous rapports, un punk de l’âge cyber.

Les anti-héros du genre cyberpunk se découvrent souvent pions manipulés dans un imbroglio de sociétés secrètes, services gouvernementaux, syndicats du crime, tout cela plus ou moins dirigé par les cadres supérieurs de multinationales devenues plus puissantes que des États ; elles ont leurs propres lois, possèdent des territoires, et contrôlent la vie de leurs employés de la naissance à la mort. Leurs dirigeants sont souvent dénués de tout sens moral.